Connaissez-vous le test de la biscotte ?

C’est le petit déjeuner, moment béni entre tous. Votre café fume dans votre mug préféré et embaume votre tête qui n’est pas encore remplie de tous les problèmes de la journée. Votre enfant, qui a bien grandi, est plongé dans son bol de chocolat au lait. Silence… Comme chaque matin, depuis des années, vous beurrez consciencieusement votre biscotte avant de la croquer avec délice. Les morceaux craquent délicatement sous vos dents, glissent sur votre langue dans un savant mélange sucré/salé et vous adorez leur bruit croustillant qui résonne dans vos oreilles.

 

Quand, tout à coup, la voix éraillée de votre progéniture s’élève :

«  A…A…A…Arrête de faire du bruit ! »

 

Et si la méditation était la solution - Mathieu Brégégère

Interloqué, vous levez le nez sur le visage de votre enfant, prêt pour le déclenchement d’hostilités qui vont durer… le temps de l’adolescence.

Votre petit se prépare à franchir un cap, qui sera parsemé d’écueils, de houles, de tempêtes, de désorientations, d’icebergs… D’autant plus qu’il souffre de bégaiement ! Jusqu’à présent, il était enfant et vos bruits, vos réflexions, vos rires n’étaient pas les objets de ses griefs. Votre entente, vous iriez jusqu’à dire complicité, était cordiale. Vous avez bien remarqué depuis quelques semaines une augmentation des hésitations dans sa parole. Ce bégaiement, qui s’était allégé vers ses sept ans, ne vous gênait pas plus que cette petite tâche de naissance au coin de son nez. Aussi avez-vous été un peu alerté par son augmentation, au point de ponctuer chaque phrase désormais. Mais, votre petit, ne venait-il pas de perdre son hamster le mois dernier ?

 

Ce matin, c’est l’éveil à une autre étape qui vous saisit. Une panique soudaine enserre votre gorge, comme celle de votre enfant. Vous n’êtes pas prêt ! Rassurez-vous, lui non plus ! Franchement, quel navigateur même chevronné se dit prêt à passer le cap Horn ?

 

« Et si la méditation était la solution ? » s’interroge l’auteur méditant Mathieu Brégégère.


            En tant qu’orthophoniste, exerçant depuis 40 ans, j’ai vu nombre de ces jeunes qui avaient bénéficié d’une rééducation pendant leur petite enfance, suivie d’une trêve pendant la période de latence, pour revenir me consulter au détour de l’adolescence. Bégaiement majoré, regard éperdu, fuyant ou hostile, ils revenaient là où leur parole s’était délivrée de ce nœud à nouveau présent. J’ai déployé au fil des années, tout un arsenal d’outils pour les aider au mieux et puis mon chemin a croisé celui de la méditation. Je me suis dit moi aussi : et pourquoi pas la méditation ? Un peu comme un challenge, une tentative d’apaiser ces adolescents à fleur de peau, embarqués sur un bateau ivre où tout bouge et se transforme : leur aspect physique, leur psychologie, leur vie affective, leur voix et leur parole. Au fil du temps, j’ai découvert qu’il s’agissait surtout d’accepter de rester avec eux sur ce bateau, au milieu des turbulences. Accueillir !  Voilà, le maître mot est lancé ! 10 lettres, un mot qui change le regard. La méditation peut en être le ferment.  Les adolescents sont à la recherche d’un espace de confiance et de sécurisation où ils seront capables de s’exprimer en toute liberté, un espace où se poser sans être ballotés entre contrôler et être contrôlé. Abandonner le combat contre les autres, contre soi, contre le monde entier. Faire l’expérience concrète en quelques minutes que derrière chaque difficulté de parole une passerelle s’ouvre sur une transformation et une évolution.

 Je débute toujours l’utilisation de la méditation au détour d’une discussion, après plusieurs séances d’orthophonie où l’iceberg a été réalisé, où nous avons créé un climat de confiance et sceller l’accord thérapeutique.  

« Et si nous prenions un moment maintenant pour nous poser ? »

Pendant quelques minutes, juste se poser, laisser peu à peu retomber la pression, se foutre la paix, comme le dit le philosophe Fabrice Midal. Ma voix guide l’adolescent. Rien à réussir, pas objectif, pas de rôle à jouer, juste se poser en toute simplicité, là, assis sur la chaise. Je propose d’abord d’être ouvert à ce qu’on entend, sans faire de tri, comme les bruits viennent, sans appréciation. Puis sentir sa présence dans l’assise, le contact des pieds avec le sol, le contact du corps avec le siège et la respiration qui se fait toute seule.  Je précise à l’adolescent : s’il se sent agité, qu’il accueille cet état sans se prendre la tête, qu’il se laisse cet espace pour en prendre conscience en silence.  Les ados qui bégaient ont une relation particulière au silence. Ils le craignent et à la fois en font leur refuge contre les autres. Pour une fois, ce silence est juste accueillant. Il n’est ni un refuge, ni une parade. Il est plein de présence à soi et au monde. On revient aux sensations du corps. Elles peuvent être désagréables, surprenantes et l’adolescent cherche à les éviter, mais à cet instant entre parenthèses, l’inconfort, l’instabilité, la vulnérabilité peuvent s’exprimer en confiance, avec ouverture. Où cela résonne-t-il en moi ? Est-ce ce qui fourmille dans mes doigts ? Ou ce poids sur ma poitrine ? Puis, nous revenons au fil de la séance d’orthophonie et notre conversation. Si l’adolescent le souhaite, nous pouvons parler ensemble des sensations vécues pendant la courte séance de méditation. Ici, nous retrouvons des repères. Rester assis en silence, sans bouger, c’est avoir confiance en la vie, c’est découvrir que quoi qu’il nous arrive, tout est matière à être accueilli et transformé. L’adolescence, cette zone d’instabilité, peut alors être comme une chance.

Je demande ensuite à l’adolescent s’il voudrait revivre ce moment de temps en temps au cours de la rééducation. S’il est d’accord, je lui explique que c’est de la méditation. J’évite de me lancer dans des grands discours sur la pratique. Par expérience, je sais que les adolescents se méfient et préfèrent expérimenter. J’ai rarement rencontré de refus. Je dirais que tout est une question de dosage avec les adolescents : ni trop, ni trop peu. Un des principes clé est le respect mutuel et ce fameux secret professionnel qui est une des clés de la confiance. L’adolescent doit sentir que nous sommes là pour partager un savoir être sans jugement et apriori. A l’orthophoniste de travailler cette qualité, qui n'est ni un don, ni acquise définitivement et nécessite une remise en question au détour de chaque patient. La méditation une aventure à proposer et cultiver !

 

EVELYNE RAVIDAT

ORTHOPHONISTE

 

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

  • Et si la méditation était la solution ? Mathieu Brégégère Editions Leduc Pratique
  • Foutez-vous la paix ! Fabrice Midal  Editions Flammarion/Versilio
  • En ce moment, mon ado m’inquiète ! Xavier Pommereau et Laurence Delpierre Editions Albin Michel

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