La prise en charge orthophonique des enfants HP qui bégaient.
Création d’un outil de dépistage et d’une fiche de conseils. Comment les repérer? Comment orienter la rééducation?

Mémoire réalisé dans le cadre du DU « Bégaiement et troubles de la fluence de la parole, approches plurielles. »

La prise en charge orthophonique des enfants à haut potentiel qui bégaient est à adapter aux particularités de ces enfants. Nous nous sommes penchées sur la création d’un outil de dépistage ainsi qu’une fiche de conseils afin de faciliter le repérage de ces enfants et d’orienter la rééducation de manière adéquate.

L’identification des enfants à haut potentiel par des tests psychométriques et par une évaluation psychologique, n’étant pas systématique, il n’est pas toujours aisé de repérer ces enfants. Le haut potentiel est la résultante d’aptitudes innées qui, selon les conditions internes et externes, vont engendrer des talents et des performances de haut niveau. La littérature scientifique nous apprend que les enfants HP présentent de nombreuses particularités, à savoir un décalage entre le développement psychomoteur et affectif et le développement cognitif (dyssynchronie de Terrassier), des particularités physiologiques comprenant une hyper-activation cérébrale, une implication plus importante de l’hémisphère droit et une constitution cérébrale spécifique, des particularités développementales, un fonctionnement cognitif différent (fonctionnement analogique, intuitif, pensée divergente…) et quelques traits de personnalité (hypersensibilité, perfectionnisme et sensibilité à l’injustice). L’identification du haut potentiel va permettre à l’environnement de s’y adapter et ainsi de minimiser les risques d’évolution vers des troubles psychopathologiques.

Aucune étude relative au bégaiement des enfants HP n’a été jusqu’à ce jour réalisée. Or, les enfants et adolescents qui bégaient présentent eux-mêmes des particularités génétiques et neurologiques. Certains chercheurs utilisent le terme de « doublement exceptionnel » pour les enfants HP présentant un trouble ; cette qualification nous parait adaptée pour les enfants HP qui bégaient. Il en découle que le bégaiement pourrait être masqué par le haut potentiel de même que le haut potentiel pourrait demeurer inaperçu en raison du bégaiement. Chez les enfants HP qui bégaient, la conscience du trouble est plus précoce que chez les enfants non HP qui bégaient ; l’apparition des attitudes réactionnelles et des cognitions négatives pourrait de ce fait apparaître plus tôt. Quelques spécificités à l’enfant HP qui bégaie nécessitent une attention particulière. En effet, certains chercheurs mentionnent l’existence de problèmes de sommeil chez les enfants HP, or la fatigue est un facteur qui augmente le bégaiement. Le décalage entre la rapidité de la pensée et les capacités motrices de la parole pourrait également générer de la frustration, d’autant que la parole est perturbée par le bégaiement. Être haut potentiel peut induire le fait de se sentir différent parmi ses pairs et le bégaiement est une caractéristique supplémentaire engendrant ce sentiment. Enfin une attitude perfectionniste vis à vis de la parole pourrait engendrer des attitudes réactionnelles handicapantes. L’entourage, que ce soit la famille ou l’école, n’est pas équipé pour faire face à de tels enfants ; un enfant HP qui bégaie face à un entourage inadapté pourrait être en grande souffrance et ne pas exploiter son potentiel. Dans le cas des adolescents HP qui bégaient, d’autres problématiques entrent en jeu, en plus de celles rencontrées par l’enfant: période de stress pouvant fragiliser l’adolescent, la question de l’appartenance à un groupe, la demande d’indépendance vis-à-vis de la famille, les évaluations orales dans le système scolaire, la constitution de l’image de soi, l’image du bégaiement renvoyée par la société… Le bégaiement chez l’enfant et adolescent HP peut dont conduire à de l’anxiété, à de la honte et pourrait fragiliser l’estime de soi. Toutefois, malgré toutes les situations difficiles auxquelles ils vont être confrontés, ils possèdent des ressources supérieures pour y faire face.

Repérer un enfant/adolescent HP parmi les patients qui bégaient est donc indispensable afin de proposer une rééducation adaptée aux particularités présentées ci-dessus. A l’aide de la littérature existante nous avons dressé un ensemble de signes qui pourraient être évocateurs du haut potentiel. Ces signes ont été classés de la façon suivante: signes de précocité dans la petite enfance, signes de précocité chez l’enfant d’âge scolaire et signes de précocité à la période de l’adolescence.

Extrait du tableau: Signes de précocité chez l’enfant d’âge scolaire. Une échelle complète et mise en forme est disponible dans le mémoire.

Signes de précocité chez l’enfant d’âge scolaire

-Envie d’apprendre sans cesse
-Accès rapide voire spontané à la lecture
-Grande curiosité : intérêt pour les livres
-Apprend plus vite et plus de choses à la fois
-Ne supporte pas d’apprendre sans comprendre le pourquoi
-Pose beaucoup de questions y compris des questions existentielles
-Besoin de comprendre, recherche de la précision, recherche de la maîtrise
-Préférence pour la complexité/montre peu d’intérêt pour les tâches simples, faciles, routinières
-Ne pense pas comme les autres, modes de calcul et du raisonnement différents, stratégies mentales différentes
-Pensée riche, créativité, imagination, flexibilité mentale
-Vitesse et efficacité de traitement de l’information
-Très bonnes capacités de mémorisation
-Forte capacité de généralisation et de transfert d’informations avec mobilisation du raisonnement analogique
-Sens de l’humour différent des enfants de son âge, jeux de mots
-Forte sensibilité et réactivité affective

La présence de plusieurs signes pourra faire suspecter le haut potentiel, toutefois ils ne seront pas suffisants pour identifier la précocité chez un enfant ou adolescent.

Concernant les outils thérapeutiques à privilégier pour ces prises en charge orthophoniques, nous nous sommes notamment basées sur ceux proposés par Patricia Oksenberg (2016) ; à savoir: la désensibilisation, l’utilisation de l’humour, la résolution de problèmes, la libre association d’idées, la métacognition, le self-modeling et les thérapies de groupe.

 

PROVIN Émilie
PROVIN Sarah

 

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